
J'ai lu un dossier instructif du Monde de l'éducation à propos de l'Ecole et de la citoyenneté, en général (16 déc.). C'est très instructif quant à la réalité imposée et relayée en l'occurence par le journal, la réalité voulue par un courant vague, mondialisant, universaliste, anti-autoritaire qui habite justement le crâne du "monde de l'éducation".
Où il est avéré que l'enfant ne doit pas apprendre quelque chose qu'il ne sait pas mais être éduqué (à la place des parents; démission?). Avant, on instruisait les enfants, avec une nécessaire distance entre les maîtres et les enfants (on ne disait pas élèves d'ailleurs car "enfant" recoupait "mineur"; maintenant il faut considérer l'enfant comme un adulte), maintenant on fait des classes "vertes" pour tenter de sortir les enfants de leur horrible quotiden scolaire. Ainsi, la directrice d'une école de Bobigny pour qui "le goût de la France, ça s'éduque.", qui intériorise et professionnalise même la culpabilité qu'elle ressent vis-à-vis de ces enfants: ils sont en effet nés parmi "les grands ensembles du XXe siècle."
Aussi, il est bon de les emmener dehors, loin de Bobigny, qui ne présente aucun intérêt. "Lorsqu'une classe part (...), tous ont donné de leur temps et de leur énergie pour que nos élèves (sic) puissent un peu connaître la France avant leur entrée au collège." "Un peu" seulement? L'apprentissage devient tellement improbable, non-mesurable, non-délimitable que si les enfants en connaissent "un peu", sans les livres qu'on n'appelle plus au secours, alors, déjà, ce sera bien. Au diable les règles, les cahiers, les leçons! Ces pauvres petits mal-nés veulent voir du pays!
"En zone d'éducation (sic) prioritaire, il devrait y avoir une priorité (forcément) pour faire connaître et aimer le territoire français. Je suis sûre que c'est beaucoup plus efficace que de chanter La Marseillaise." C'est édifiant. Cette mentalité anti-patriotique, anti-symbolique, anti-scripturale est celle des maîtres d'aujourd'hui (appelés "professeurs des écoles" bien entendu puisqu'on a voulu transplanter l'infériorité du professeur de collège à l'école primaire). Il faut être fou pour oser prétendre qu'un apprentissage soigné et laborieux de repères symboliques, comme La Marseillaise (mais aussi la récitation, la dictée, le calcul) est un gage d'apprentissage tout court et sûrement plus efficace pour l'amour de la France (ne dîtes jamais patrie!) que ces montagnes ou ces cours d'eau vus à la va-vite. Il faut être fou (et surtout réactionnaire) pour affirmer que l'apprentissage et l'écriture, que l'apprentissage et la lecture, ce sont les deux mêmes choses, à chaque fois. On n'apprend rien en voyant une montagne, au sens propre. C'est ce que dit un enfant nommé Raynald, par exemple, devant les Alpes: "C'est beau! On dirait la télé!" sans surprendre plus que ça la directrice. Elle n'est pas déçue, non. Ses "élèves" n'ont rien appris finalement de la nature et ça ne lui crève pas les yeux. Elle fait des photos et les "incite à observer les sommets et les vallées." Une immense pédagogue, on l'aura compris pour qui l'enseignement doit se substituer aux parents, à la ville, à l'histoire, aux promoteurs.
L'article en question étant un témoignage, il n'y a pas de journaliste pour affirmer ou infirmer ce que dit cette personne. Et, montant dans un train avec les enfants, elle croise un bonhomme qui apparemment excédé, lance: "C'est pas bientôt fini, ce bordel!" D'après elle, les enfants sont calmes et "chuchotent gentiment". On sait à quel niveau de tolérance en arrivent certains instituteurs. Elle prend le témoin à partie et lui dit, histoire de faire pédagogue: "Veuillez cesser de tenir des propos inadéquats et vulgaires à ces enfants!" Moi, je me dis que c'est à elle qu'il incombe de tenir sa classe et non pas au monsieur avec un "costume sombre et cravate chic". Où l'on voit que l'autorité est également remplacée par un rapport fusionnel, un rapport de camaraderie fraternel dans lequel le "professeur" pourra distiller toute sa science supra-pédagogique: on n'interpelle pas des enfants, on ne leur fait aucune remarque, voyons!
Ce sont des enfants-rois, des adultes en puissance, vous ne comprenez pas?
On ne me fera pas croire qu'une idéologie ne se cache pas derrière ces petites expériences bonasses. On se demande pourquoi les Français ne sont pas patriotes, haïssent leur pays même si on les y pousse, suivant l'exemple des enfants d'origine étrangère à qui on n'impose plus l'assimilation (Au contraire, il faut prendre exemple sur eux: diversité, minorité, métissage...!). Les Américains sont patriotes et communautaristes en même temps (rien ne dit qu'ils ne vivront pas des sortes de guerres civiles encore). Ca n'est pas notre modèle. L'anti-patriotisme a été voulu, mené sciemment par des "révolutionnaires" soixante-huitards pour abaisser la France (je pense à Cohn-Bendit qui appelle les monarchies arabiques à retirer leurs capitaux de Suisse après le vote sur les minarets; on ne fait pas mieux?) alors que c'est la Révolution, la vraie, qui avait suscité ce patriotisme et c'était les républicains, les vrais, ceux de la Troisième, qui créèrent l'Ecole et entretenirent ce patriotisme qui n'est autre que l'amour de la patrie. La gauche d'aujourd'hui, anti-patriotique, est anti-républicaine, elle prépare la décomposition de la république.
Mais tous ces enfants, qu'on sort une fois de leur quotidien pour pas grand-chose, nous les connaissons déjà aujourd'hui: ce sont les internautes pour qui la langue française est oubliée. Le résultat de cette mentalité, qui en fait, est la justification lamentable d'une perte d'autorité et d'une perte de la capacité à transmettre (il faut "voir," "éduquer"), ce résultat, internet l'a recueilli et l'expose tous les jours: antisémistisme juvénile permanent, orthographe déchiquetée, inculture gravissime généralisée, culte du moi, goût pour l'anonymat.