vendredi 10 décembre 2010
La Révolution à venir
Je ne sais pas si c'est une bonne chose de mélanger l'opéra et le rock mais ç'a été fait, en 1973, avec pour thème... la Révolution française. Et j'ai connu ces 33 tours qui traînaient dans ma famille. J'étais surtout fasciné par la bédé qui se trouvait à l'intérieur.
Eh bien, cette oeuvre lyrique en diable, qualifié de premier opéra-rock français, oeuvre de Claude-Michel Schoenberg et Alain Boublil va être rejouée... en 2012. On ne sait pas encore si ce sera avant, ou après les élections présidentielles.
La musique est écoutable quoique passablement lyrico-maniaque (comme dans le film de R.Enrico, La Révolution française, d'ailleurs). Le texte est soigné, parfois plat mais sans affectation aucune. La précision historique est là (chaque chanson rappelle un évènement). Points forts: Talleyrand en crooner, "spécialiste en confiteor", qui chante "Prêtons serment!" ou "la Fête de l'Etre suprême" sur l'air de My sweet Lord, de G. Harrison. Cependant, les nouveaux producteurs vont-ils garder l'originalité de certaines chansons? En 2012, des acteurs vont-ils chanter "A bas tous les privilèges!" ou "La patrie est en danger!", sans craindre de susciter l'écho populaire?
L'originalité de l'oeuvre est qu'elle n'a pas escamoté la ferveur révolutionnaire. On entend les mots "peuple" et "patrie" à peu près à chaque chanson ou même, un net "Français, Français!", pour changer de l'habituel et démagogique "Françaises, Français". Cela ne va t-il pas offusquer les oreilles de nos bons bourgeois gavés? Objectivement, nous sommes aujourd'hui dans une période pré-révolutionnaire, ce qui n'était pas le cas en 1973. Il y a un peuple écrasé (petits agriculteurs, ouvriers, artisans, commerçants et employés, profs) et des privilégiés arrogants qui fonctionnent par caste et cooptation. La participation du peuple n'est qu'un mot, les faux-semblants sont partout: la droite réelle n'est pas patriotique pour un sou, la gauche réelle, pas sociale pour un euro. Une vraie révolution, c'est celle des petits contre les gros, et pas la fausse révolution de mai 1968 qui a renversé un ordre social et politique juste, au fond.
Les classes pauvres, qui forment maintenant de gros bataillons, vont voter FN et ils auront bien raison. Les classes moyennes, relativement plus aisées, sont néanmoins touchées par ce mépris de leur langue, de leurs racines, et de leur vote, qui vient d'en haut, d'élites qui s'affichent anti-françaises sans vergogne. On ne fait rien pour protéger notre mode de vie, une petite caste de faux intellectuels nous insulte quotidiennement tandis que les policiers sont obligés de sévir pour des infractions ridicules. On nous interdit de fumer dans les bars, des animateurs radio sont virés pour raison d'Etat. Ainsi le stress des Français est immense, l'humeur des Français est explosive. Il y a de la trahison dans l'air et les gens le savent. Ils peuvent nommer les traîtres, à commencer par le plus important. La situation est bien pré-révolutionnaire.
"Quand la patrie est en danger, tout appartient à la patrie!"
"Puisque le Roi voulait vendre à bas prix
La terre de France pour sauver sa vie,
On va lui faire payer sa trahison!"
"On va raccourcir tous les géants
Faire les petits plus grands
Tous à la même hauteur
Au nom du principe d'égalité
Voilà le vrai bonheur!"
Alors, vont-ils changer le texte ou pas? Moi, ce que je dis, hein, c'est qu'il y a là quelque chose d'explosif...
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